Un parcours Cap Emploi inspirant !

Laure, monitrice de l'auto-école inclusive à Saint-Cyr-sur-Loire !

Nos chargé·es de mission vous rencontrent et vous accompagnent au quotidien à réaliser votre retour à l’emploi… et parfois vos rêves ! C’est le cas de Laure Ragueneau, dirigée vers nos services par Pôle Emploi. Son projet d’auto-école, ouverte aux personnes sourdes et malentendantes à Saint-Cyr-sur-Loire, n’était alors encore qu’un ensemble d’idées griffonnées sur des cahiers. Nous l’avons rencontrée afin partager avec vous son parcours inspirant.

TT : Bonjour Laure, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer comment vous avez connu Cap Emploi 37 ?

« J’ai un parcours un peu atypique. Au début de ma carrière, j’étais aide-soignante. Ma sœur était monitrice d’auto-école. Un jour, j’ai décidé de faire un stage avec elle et j’ai eu un vrai coup de cœur pour ce métier. Étant en CDI, j’ai bien réfléchi et j’ai décidé finalement de quitter mon emploi pour suivre ma formation de monitrice.

Diplômée en 2013, j’ai ensuite trouvé un travail dans une auto-école à Tours centre. Sur ce poste j’ai vraiment fait de tout : gestion du bureau avec 10 moniteurs, leçons de codes, de conduites... J’ai appris énormément de choses. Puis j’ai commencé à avoir des soucis de santé, avec une perte d’audition. Comme je ne savais pas comment cela évoluerait, j’ai voulu suivre une formation en langue des signes pour ne pas me retrouver démunie si mon audition continuait à baisser.

En septembre 2018, j’ai terminé ma formation qui a duré 1 an et demi. Et comme j’étais en recherche d’emploi avec une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), Pole Emploi m’a redirigé vers Cap Emploi 37.»

Que vous a apporté notre service ?

« Au service « Accès à l’emploi », j’ai pu rencontrer Hélène Mathieu. A cette date, j’avais déjà quelques idées pour monter mon auto-école adaptée aux personnes sourdes et malentendantes, mais ce n’était encore qu’un projet. J’avais remarqué dans l’auto-école où je travaillais, qu’il était plus compliqué de se comprendre avec les moniteurs lorsqu’on est une personne malentendante. L’accueil ou l’apprentissage pour ces élèves n’étaient pas adaptés, plus longs et plus contraignants. Je lui ai exposé mon projet et mon ressenti. Elle a cru tout de suite en moi et m’a conforté dans mon projet.

Après notre rendez-vous, elle m’a conseillé une formation dans la création d’entreprise. Le formateur m’a aidé à monter un dossier afin d’obtenir une aide financière de l’Agefiph. Cette aide a été un véritable coup de pouce ! Enfin, j’ai aussi été invitée à participer en avril 2019 au showroom du Forum Handicap & Emploi organisé par l’ARPS Handi Emploi (organisme gestionnaire de Cap Emploi 37), où j’ai pu tenir un stand, mettant en avant les valeurs et principes de mon auto-école qui venait d’ouvrir le même mois. J’ai pu ainsi obtenir plusieurs premiers contacts avec de futurs élèves.»

Existe-t-il une réelle différence entre l’apprentissage d’un conducteur malentendant et d’un conducteur lambda ?

« Je vais différencier l’apprentissage du code et de la conduite. Pour le code, Il y a une réelle différence. Il faut savoir que la syntaxe en langue des signes est différente. Des termes complexes comme « Intersection », « Incertitude » ou « Angle mort », n’existent pas dans la langue des signes, je ne peux pas traduire. Ma méthode est de leur illustrer ces termes techniques par le dessin pour qu’ils les comprennent. Il faut prendre le temps avec ces notions. Ce sont des termes qu’ils retrouveront ensuite écrits le jour de l’examen. Si je les ai bien formés, ils ne buteront pas devant ces mots. De ce fait les sessions de codes durent deux heures au lieu d’une heure.»

Parce qu’ils passent le même code ?

« On peut faire une demande de code adapté mais il n’y a que quelques sessions par an. Après, de manière générale, s’ils ont bien travaillé, on arrive quand même à avoir de bons résultats sur des séances de codes classiques. Comme tout le monde…»

Et dans l’apprentissage de la conduite ?

« En conduite, mis à part que je dessine un peu plus et que l’on communique en langue des signes (parfois même certains lisent sur mes lèvres), il n’y a pas de réelle différence. En fait, être conducteur malentendant c’est comme si vous mettiez la musique à fond et que vous conduisiez ainsi au final, sans entendre ce qui se passe autour de vous. Ce sont finalement des conducteurs beaucoup plus attentionnés. Ils apprennent au quotidien à être plus alertes, à anticiper d’avantage et mieux prendre en compte l’environnement qui les entoure. Par exemple, quand les services d’urgence ou les pompiers arrivent derrière eux, on leur apprend à réagir dès qu’ils voient les gyrophares de très loin. Dans le véhicule, ils peuvent avoir plus de visibilité, en achetant des rétroviseurs supplémentaires comme ceux que l’on installe pour les écoles de conduite. Ce n’est pas obligatoire, mais c’est un petit plus.»

Comment réagissent les élèves et leurs proches quand ils apprennent l’existence de votre école ?

« J’ai un élève qui était très heureux dès qu’il en a appris l’ouverture. Avoir le permis c’est l’accès vers l’emploi, vers la formation… C’est aussi un soulagement pour eux de pouvoir le passer tout en étant compris et accepté tels qu’ils sont.»

Proposez-vous des cours uniquement pour les personnes malentendantes ?

« Non, mon auto-école est ouverte à tous. Que mes élèves aient un handicap ou non, le cœur de mon métier pour moi est de s’adapter à la personne, prendre le temps d’expliquer au rythme de chacun. »

TT : Merci beaucoup de nous avoir accordé un peu de temps. Nous vous souhaitons pleine réussite dans ce beau projet inclusif.

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